L’état de confusion de Michael Crichton

Après cela, et de façon un peu plus troublante, nous avons quelques rappels plutôt trompeurs et sélectifs à propos du témoignage de Jim Hansen au Congrès en 1988. « Le Dr Hansen a surestimé [le réchauffement global] de 300% » (page 247). Ce témoignage conduisit effectivement à une forte augmentation de la prise de conscience du fait que le réchauffement global était un sujet important, mais pas parce qu’il exagérait le problème de 300%. Dans un article publié peu après son témoignage (Hansen et al. 1988), il présente des simulations pour trois scénarios de croissance des GES et des autres forçages. Le scénario A présentait une croissance exponentielle du CO2, le scénario B contenait une hypothèse plus modeste de scénario à politique inchangée (business as usual) et dans le scénario C, il n’y avait plus d’augmentation du CO2 après l’an 2000. Les scénarios B et C incluaient tous les deux une grande éruption volcanique en 1995. Très justement, les auteurs ne supposaient pas qu’ils savaient quelle serait la croissance des émissions de CO2. Ils présentaient donc plusieurs scénarios. Le scénario qui se trouve être le plus proche de la croissance réelle des forçages est le scénario B, à la différence que l’éruption du Pinatubo eut lieu en 1991 et non en 1995. Dans ce scénario, les changements de température de la décennie sont très proches de la valeur observée de 0,11°C/décennie (voir figure). Donc, à partir d’une bonne estimation des forçages, le modèle fit un travail raisonnable. En fait, dans son témoignage, Hansen ne montra que les résultats du scénario B et déclara clairement qu’il était le plus probable. L’erreur de 300% vient du « sceptique » bien connu Patrick Michaels, qui dans son témoignage au Congrès de 1998 effaça les deux courbes du bas pour donner l’impression que les modèles ne sont pas fiables.

Le Dr Hansen est encore cité (un peu hors contexte) en disant : « Les forçages qui déterminent les changements climatiques de long terme ne sont pas connus avec assez de précision pour définir les changements climatiques à venir. » Etant donné ce que nous venons de dire au paragraphe précédent, il est clair que sans une bonne estimation des forçages, les différences entre modèles peuvent être considérables. Il est communément accepté qu’une prévision exacte de l’évolution du climat dans les 50 ou 100 prochaines années est impossible. Le futur est en grande partie inconnaissable. Une nouvelle source d’énergie pourrait remplacer les combustibles fossiles, les gouvernements pourraient contrôler les émissions, ou nous pourrions avoir de nombreuses éruptions volcaniques. Il est donc beaucoup plus raisonnable de se demander ce qu’il adviendrait du climat si la concentration de CO2 doublait. Ou si ceci ou cela arrivait. Ces questions sont beaucoup mieux définies. La citation de Hansen est souvent utilisée pour soutenir que les modèles sont si peu fiables qu’ils sont inutiles pour aider à évaluer la situation. En fait, c’est le contraire – ce que Hansen dit, c’est que l’incertitude des modèles (par exemple la sensibilité climatique) est maintenant plus faible que l’incertitude sur les scénarios d’émission (c’est-à-dire l’incertitude sur les forçages, qui est responsable de l’incertitude des projections).

Ensuite, page 315, on trouve « dans les années 70, tous les spécialistes du climat croyaient qu’une période glaciaire allait arriver (et comme décrit en page 563, le professeur du MIT le pense toujours). Cette affirmation n’est pas correcte. Les pages de William Conolley sur ce sujet sont une lecture éclairante pour ceux qui voudraient plus d’information.

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