11ºC de réchauffement, une crise climatique dans 10 ans ?

La sensibilité climatique a également été estimée à partir d’observations. Le scénario idéal pour l’estimer serait une période de temps avec un climat à l’équilibre, de bonne connaissances des forçages maintenant cet état, et de bonnes données indicatrices du changement de la température moyenne globale. Le 20ième siècle a les meilleures estimations des changements de température moyennes globales, mais le climat n’a pas été à l’équilibre (comme le montre la hausse de la quantité de chaleur contenue dans les océans). En outre, en raison de la multiplicité d’effets liés à l’action humaine et ceux naturels sur le climat pendant le 20ième siecle (c.-à-d. les aérosols, changement d’utilisation du sol, gaz à effet de serre, ozone, forçages solaires, volcaniques, etc) il est difficile de définir exactement la part relative des différents forçages. Ainsi les évaluations basées sur le 20ième siecle n’ont pas assez de précision pour être utiles. Par exemple, le total des forçages depuis 1850 est autour de 1,6±1 W/m2 , le changement de température globale est de 0,7±0,1 °C et le taux actuel de réchauffement de l’océan (afin de corriger les conditions hors équilibre) est autour de ~0,75 W/m2 . Tout ceci implique une sensibilité de 0,8 ±1 °C/W/m2 équivalent à 3,2±4°C pour 2xCO2. Des méthodes plus sophistiquées d’analyse des données modernes ne fournissent pas plus de contraintes (c.-à-d. Forrest et coll., 2002; Knutti et coll., 2002) (cette forte incertitude est essentiellement due à l’incertitude sur le forçage lié aux aérosols; c’est également la raison principale pour laquelle l’importance d’un ‘obscurcissement global’ (“global dimming”) a peu ou pas d’implication sur la sensibilité du climat).

Quid des paléoclimats ? Une analyse de régression des données issues des carottes de glace de Vostok (Lorius et coll., 1990), a permis d’estimer la sensibilité du climat à 3-4ºC. La meilleure période pour ces estimations est le dernier maximum glaciaire. C’était une période pendant laquelle le climat était relativement stable (pendant plusieurs milliers années, il y a 20000 ans), et une période pour laquelle nous avons des évaluations fiables du forçage radiatif (changements d’albédo liés aux calottes de glace et à la végétation, concentrations en gaz à effet de serre –issues des carottes de glace– et augmentation de la charge atmosphérique en poussières) ainsi que des changements de température. Les forçages sont estimés à 6,6±1,5 W/m2 (approximativement pour moitié à cause des changements de l’albédo, et pour une petite moitié à cause des gaz à effet de serre – CO2, CH4, N2O). Les changements de température globale sont estimés à environ 5,5±0.5°C (par rapport au climat pré-industriel). Cette évaluation donne alors une sensibilité de 0,8±0.2°C/(W/m2), équivalent à ~3±1°C pour 2xCO2 . C’est une contrainte réellement très forte, comme on va le voir.

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