Le film de Al Gore

par Eric Steig (traduit de l’anglais par Véronique Pagé)

La semaine dernière, un groupe de scientifique de l’Université de Washington s’est joint à des gens d’affaires, des leaders communautaires, des représentants municipaux et des politiciens pour assister à une avant-première du nouveau film ‘An Inconvenient Truth’ (Une vérité qui dérange). Le film montre les efforts entrepris par Al Gore pour renseigner le public à propos du réchauffement climatique; l’entreprise vise à créer aux États-Unis un mouvement politique capable de transformer le pays en un leader de la lutte aux émissions internationales de carbone. Cela nous donne un film enthousiasmant et non-partisan (si l’on omet quelques références subtiles au manque de leadership de l’administration Bush quant à la lutte aux émissions de carbone et à d’autres questions environnementales).

La rumeur circule qu’Al Gore est un fan de RealClimate – aussi nous avons crû qu’il serait bon de vous donner nos impressions.

Une grande partie du film nous montre Al Gore donnant une présentation multimédia à propos des bases scientifiques du réchauffement climatique. Ennuyant? Un peu, quand même. La présentation est excellente, par contre, à l’image de celles de Carl Sagan – images superbes, infographie de pointe, animations digitales. Elle alterne avec les réflexions et pensées de Gore, ce qui ajoute à l’ensemble une dimension humaine intéressante. Gore à l’école, en 1968, écoute le grand géochimiste Roger Revelle relater les débuts de la prise de données reliées à l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Gore à la ferme familiale raconte comment, suite au cancer du poumon de sa fille, son père a choisi de fermer son entreprise de tabac. Gore en campagne électorale, puis déçu suite à la décision de la Cour Suprême. On voit un Gore très différent de celui, ‘rigide’, de la campagne de 2000: de toute évidence, à discuter d’un sujet qui lui tient à coeur depuis plus de 30 ans, il est ici dans son élément.

Comment le film traite-t-il la science? De façon admirable, à mon avis. Le film est étonnamment à jour et réfère à de tous nouveaux résultats. Des changements récents en Antarctique et au Groenland sont présentés avec une grande expertise. Gore s’en tire aussi très bien quand il explique ce qui lie la température de surface des mers à l’intensité des ouragans. Comme on pouvait s’y attendre, il utilise l’ouragan Katrina pour illustrer les répercussions sociales majeures que les changements climatiques pourraient avoir, mais il n’étire pas la sauce (à ce sujet, voir notre post ici).

Il n’y a que peu d’erreurs scientifiques d’importance dans le film. Gore prétend qu’il est possible de voir une modification des concentrations d’aérosols présentes dans les carottes de glace obtenues en Antarctique sur un délai ‘d’à peine 2 ans’, ce qui serait un effet du U.S. Clean Air Act. Il n’est pas possible de voir de la poussière ou des aérosols dans les carottes prises en Antarctique, du moins certainement à l’oeil nu, et il m’apparaît peu probable qu’un lien direct avec le Clean Air Act puisse être établi. Je ne suis pas certain que Gore ait compris cet aspect de la question, et j’espère qu’il corrigera cette partie de la présentation. Un autre problème apparaît lorsqu’une image reliée aux émissions de CO2 est juxtaposée à une illustration d’espèces invasives de plantes. Cela porte à confusion, puisqu’en réalité le problème des plantes invasives est dû principalement à l’importation et à un changement dans l’utilisation des terres, et pas au ‘réchauffement climatique’. Mais ce sont là des erreurs mineures. Après tout, on observe vraiment l’effet de la diminution de l’utilisation du gas au plomb aux États-Unis dans les carottes de glace du Groenland; il est vrai aussi que le réchauffement climatique pourrait exacerber le problème des espèces invasives.

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