La Science Coucou

Ces deux spécimens prétendent plutôt montrer, en utilisant des arguments “de bon sens”, que la sensibilité climatique doit être faible (plutôt de l’ordre de 0,2 °C/W/m², soit moins de 1°C pour 2 fois plus de CO2). Nos articles précédents auraient dû suffire pour démontrer que cela ne peut pas être correct, mais cela vaut la peine de regarder comment ils arrivent, arithmétiquement parlant, à obtenir ces valeurs. Pour vous éviter d’avoir à vous échiner dessus, je vais vous donner la réponse tout de suite : la clé est dans l’unité dans laquelle est exprimée la sensibilité climatique : °C/(W/m²). Tout changement de température (en °C) divisé par un flux énergétique (en W/m²) aura la même unité et pourra ainsi être “comparé”. Mais à moins que vous ne sachiez comment est défini le forçage radiatif (car c’est assez précis), ces valeurs apparemment similaires pourront vous induire en erreur. Ce qui est, je présume, le but.

Le lecteur doit être conscient d’au moins deux choses fondamentales. Premièrement, un “corps noir” idéal, dont la radiation est une fonction très uniforme et très prédictible de la température décrite par l’équation de Stefan-Boltzmann, a une sensibilité fondamentale (à la température de radiation terrestre) d’environ 0,27 °C/(W/m²). Ainsi, un changement d’environ 4 W/m² du forçage radiatif donne un réchauffement d’environ 1°C. La seconde chose à savoir est que la Terre n’est pas un corps noir ! Sur notre planète réelle, il y a de multiples rétroactions qui affectent d’autres composantes de l’effet de serre (albédo de la glace, vapeur d’eau, nuages, etc) et donc la vraie question à propos de la sensibilité climatique est de savoir à combien ces rétroactions s’élèvent.

Donc, le premier tour de passe-passe est ici. Ignorez toutes ces rétroactions, et vous obtiendrez évidemment un nombre qui est proche de celui qu’on obtient par l’approche du “corps noir”. Sans blague ! Toute approche qui met la vapeur d’eau et le CO2 dans le même panier revient en effet à cela (et si quiconque émet le moindre doute sur le fait que la vapeur d’eau soit un forçage ou une rétroaction, je lui demanderai de se référer à cet ancien article).

Comme nous l’expliquons dans notre glossaire, les climatologistes utilisent les concepts de forçage radiatif et de sensibilité climatique car ils fournissent un outil prédictif très robuste pour comprendre ce que seront les résultats d’un modèle pour un changement de forçage donné. La sensibilité climatique est un produit de sortie des modèles complexes (elle ne se décide pas à l’avance) et elle n’est pas très instructive sur les détails du résultat (par exemple les tendances régionales ou les changements de la variance), mais elle reste quand même pratique pour en brosser les grandes lignes. Empiriquement, nous savons que pour un modèle donné, une fois que vous connaissez sa sensibilité climatique vous pouvez facilement prédire de combien cela se réchauffera ou se refroidira si vous modifiez l’un des forçages (comme le CO2 ou le rayonnement solaire). Nous savons aussi que la meilleure définition du forçage est un changement du flux à la tropopause, et que le diagnostic le plus prévisible est une anomalie à l’échelle du globe de la température moyenne de surface. Ainsi, il est naturel de regarder dans le monde réel et de chercher des preuves qu’il se comporte bien de la même façon (et il semble se comporter ainsi, puisque les simulations rétrospectives du modèle fondées sur les changements passés correspondent très bien aux observations).

Pour notre tour de passe-passe suivant, essayez de diviser des flux d’énergie à la surface terrestre par des changements de température de surface. De façon évidente, cela n’est pas équivalent à la définition de la sensibilité climatique – c’est en fait équivalent à la sensibilité du corps noir (sans rétroactions) évoqué plus haut – et donc, encore une fois ce n’est pas surprenant que les nombres obtenus soient si similaires à ceux du cas du corps noir.

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