Déclin de la banquise de l’Arctique au 21ème siècle

Cécilia Bitz, Université de Washington (traduit par Valérie Masson-Delmotte)

Ce mois-ci, un article dont j’étais co-auteur a attiré considérablement l’attention des médias. Les unes des journaux titraient : “Les experts tirent la sonnette d’alarme : le Pôle Nord libre de glace d’ici à 2040″; ““Fonte massive : perte de banquise en boule de neige”; et “L’Arctique dégagée pour la navigation d’été d’ici 2040 : les modèles prévoient un déclin rapide de la banquise”. Cette histoire a aussi gagné les chaînes de télévision : NPR, BBC, CBC, Discovery Channel et Fox News, parmi d’autres. Le Dr Marika Holland, premier auteur de cet article, a été submergée par les sollicitations médiatiques. Parmi les douzaines de journalistes qui m’ont également contactée, j’ai été impressionnée par les questions qui m’ont été posées – des questions qui reflètent probablement ce que le grand public veut savoir en priorité. Cependant, après avoir donné de longues interviews, je vois souvent mes explications réduites à quelques lignes dans les articles… Dans cet essai, je voudrais expliquer les résultats scientifiques de notre publication et mes réponses aux questions les plus fréquentes.

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Dans notre publication (avec notre co-auteur Bruno Tremblay), nous avons examiné la couverture de glace de mer de l’Arctique au mois de septembre dans des simulations climatiques des 20ème et 21ème siècles, et observé certaines décennies correspondant à des retraits très rapides. Le cas le plus extrême correspondait à une diminution de 6 à 2 millions de kilomètres carrés en dix ans (voir la Figure 1). Ceci est près de 4 fois plus rapide que le déclin observé au cours de la dernière décennie.

Figure 1 : Extension de la glace de mer dans l’hémisphère nord produite dans une simulation du CCSM3 (Modèle de Système Climatique Communautaire, version 3) (noir) et observée par satellite (rouge). La courbe bleu clair correspond à une moyenne glissante sur 5 ans. Les 3 cartes du bas montrent la concentration de glace de mer en Septembre au cours de trois décennies spécifiques.

Il est d’usage courant de faire tourner les modèles de climat à de multiples reprises, en modifiant légèrement les conditions initiales. Comme le système est chaotiques, la variabilité naturelle est aléatoire dans chaque simulation et n’est pas corrélée d’une simulation à l’autre. Quand un ensemble de simulations est moyenné, la variabilité naturelle est réduite dans la moyenne d’ensemble et il est plus facile de détecter une tendance significative.

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