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Le Quatrième Rapport d’Evaluation du GIEC – Résumé à l’intention des décideurs

Classé dans: — group @ 2 février 2007 - (Português) (Türkçe) (Español) (English)

Nous avons choisi (la plupart du temps) de ne pas commenter les diverses ébauches, citations incorrectes et erreurs de lecture du Quatrième Rapport d’Evaluation (« AR4 » pour les amateurs d’acronymes anglais ou « QRE » en français – version officieuse en français ici (fichier .doc)) du GIEC. Maintenant que le résumé à l’intention des décideurs (ou le « SPM ») a été publié, nous pouvons discuter le contenu du rapport sans crainte de changements des détails. Cet article sera notre première discussion du rapport entier. Nous avons l’intention de l’analyser chapitre par chapitre, en espérant expliquer les questions clefs et les principales incertitudes restantes au cours des mois à venir. Ce rapport sera largement cité au cours des années à venir, et nous pouvons prendre ainsi le temps d’expliquer ce qui est dans ce rapport et quelles en sont les raisons. Tout d’abord, étant donné les avancées scientifiques faites depuis le troisième rapport d’évaluation (« TAR» en anglais / « TRE » en français) de 2001 – largement discuté ici – personne ne devrait être surpris que le QRE arrive à une conclusion encore plus forte. En particulier, le rapport conclut que l’influence humaine sur le climat est « très probablement» (avec une chance supérieure à 90%) déjà discernable dans les observations ; alors que dans le troisième rapport l’influence n’était que « probable » (> 66% chance). Les résultats principaux incluent ici d’une part des simulations pour le 20ème siècle par les meilleurs modèles climatiques qui démontrent que les tendances récentes ne peuvent être expliquées sans prendre en compte l’augmentation anthropique en gaz à effet de serre, et d’autre part des pièces à conviction comme le réchauffement océanique, la fonte de la glace de mer, la fonte des glaciers et de la migration des écosystèmes. L’ensemble de ces éléments rendent les projections de changements en cours encore plus grands (en particulier pour les scénarios « business as usual») quasiment indiscutables.

Etant donné tout le battage dans les médias depuis le TRE, nombre d’entre nous étaient curieux de voir ce que le nouveau rapport indiquerait au sujet des reconstructions paléoclimatiques des 1000 dernières années. Les « sceptiques »(euphémisme pour désigner les dernières personnes doutant encore du rôle de l’homme dans les changements climatiques récents) seront sans aucun doute déçus. Les conclusions ont été sensiblement renforcées par rapport à celles émises dans le TRE, ce qui était logiquement prévu en raison des nombreuses études additionnelles faites depuis et qui pointent toutes dans la même direction. La conclusion que le réchauffement récent à grande échelle excède « probablement » l’amplitude climatique des dix derniers siècles des 1000 dernières années dans le TRE, a été étendu aux 1300 dernières années dans ce rapport, et la confiance dans cette conclusion passe de « probablement » dans le TRE à « très probablement» dans le QRE pour les 500 dernières années. C’est juste l’un des nombreux éléments indépendants démontrant l’influence anthropique sur le climat ; certains voulaient le faire passer comme l’élément clé de l’évidence du changement climatique mais étant donné tous les autres éléments il est à présent encore moins le pilier central sur lequel repose les conclusions de l’influence humaine sur le climat.

Les incertitudes, au niveau science, impliquent principalement la nature précise des changements à prévoir, en particulier en ce qui concerne l’élévation du niveau de la mer, les changements d’El Niño et les changements hydrologiques régionaux – fréquence des sécheresses et fonte de neige, des tempêtes aux moyennes latitudes, et naturellement, des ouragans. Il peut être amusant de décortiquer les discussions sur ces sujets (et nous prévoyons qu’il y aura des commentaires substantiels dans la presse), mais celles-ci ne doivent pas occulter les conclusions principales beaucoup plus fermes.

Le processus de finalisation du SPM (qui est bien décrit ici
et ) est quelque chose qui peut sembler étrange. Les représentants de gouvernement de toutes les nations participantes prennent le résumé de l’ébauche (écrite par les auteurs principaux des différents chapitres) et discutent si le texte reflète vraiment les résultats scientifiques fondamentaux décrits dans le rapport principal. L’essentiel ici est de noter que ce qu’ont écrit au début les auteurs principaux ne l’est pas nécessairement sous la forme la plus clair ou la moins ambigüe d’un point de vue sémantique, et les gouvernements (pour qui le rapport est écrit) sont parfaitement autorisés à demander que les formulations soit modifiées de manière à que les conclusions soient correctement comprises à la fois par eux-mêmes et les scientifiques. Il est également important de noter que la formulation finale retenue doit être d’une part conforme aux résultats scientifiques fondamentaux des chapitres techniques, et d’autre part validée par les scientifiques. L’avantage de ce processus est que pour toutes les personnes impliquées, le sens de chaque phrase est parfaitement claire. Pour rappel, après la publication du rapport sur les reconstructions des températures de surface par les National Academies, de nombreuses discussions portaient sur le sens du mot « plausible ». Ce genre de chose ne devrait pas se produire avec le QRE.

Le processus du SPM a également un objectif politique très utile. Spécifiquement, il permet aux gouvernements impliqués de se sentir en partie « propriétaires» et parties prenantes du rapport. Ceci rend difficile les tergiversations ultérieures et les rejets du rapport en utilisant l’argument qu’il a été écrit par quelqu’un d’autre. Ceci oblige ainsi les gouvernements à s’impliquer pour que le rapport soit aussi bon qu’il puisse l’être (dans la marge fixée par les incertitudes). Il y a en fait de nombreuses barrières de sécurité (dont la présence des scientifiques) pour s’assurer que le rapport ne soit pas biaisé et orienté dans telle ou telle direction. Cependant, ceci peut être à tort interprété comme un processus de négociation sur l’intégralité du résumé. Ce serait une conclusion fausse – les négociations, telles qu’elles sont effectuées, sont en fait très fortement contraintes par la science fondamentale sous-jacente.

Enfin, certaines personnes se demandent pourquoi le SPM est publié maintenant alors que le rapport principal ne doit pas être publié avant le mois d’avril. Il y a un certain nombre de raisons – premièrement, la réunion de Paris a été une affaire tellement médiatisée que maintenir un embargo sur le SPM jusqu’à ce que le rapport principal soit prêt est probablement inutile. En ce qui concerne le rapport principal lui-même, il n’a pas été relu et corrigé, et les données de l’année 2006 n’ont pas encore pu être incluses dans le manuscrit. Enfin, des améliorations du SPM au niveau sémantique devraient être de nouveau répercutées au niveau des différents chapitres afin de lever toute ambiguïté. Au niveau science, le contenu ne changera pas.

Si cela avait été possible, nous aurions essayé d’obtenir l’ensemble en même temps, permettant ainsi une sortie synchrone. A noter que l’Arctic Climate Impact Assessment a utilisé en 2004 une procédure similaire – ce qui a conduit à un peu de confusion étant donné que les déclarations dans le résumé n’étaient pas référencées.
Quelle fût la qualité des précédents rapports à propos de leurs projections du futur ? En fait, pour les 16 dernières années (depuis le premier rapport en 1990), elles ont été remarquablement bonnes pour les changements du CO2 ainsi que des températures mais ont par contre sous-évalué les changements du niveau marin.
En ce qui concerne les discussions spécifiques, ce sont les prévisions relatives à l’élévation du niveau marin et aux cyclones que l’on va retrouver de manière dominante dans la presse. Ces questions comportent un certain nombre d’ « inconnues connues », – c’est à dire de choses dont nous soupçonnons le rôle et l’existence mais que nous ne connaissons pas suffisament pour les inclure dans les modèles. Pour le niveau marin, l’inconnue est l’ampleur du changement dynamique des calottes polaires. Ces changements dynamiques ont déjà été observés, mais non utilisables par les modèles de calottes polaires (voir cette discussion précédente). Cela signifie que leur contribution à l’élévation du niveau marin est plutôt incertaine, mais dans tous les cas l’incertitude liée à ce processus ne fera qu’empirer la situation (voir un papier récent pour une estimation (Rahmstorf, Science 2007 ). Ceci est reconnu dans le résumé et formulé ainsi :

« Les processus dynamiques relatifs au mouvement de la glace qui ne sont pas inclus dans les modèles actuels mais suggérés par les observations récentes, peuvent accroître la vulnérabilité de la calotte glaciaire au réchauffement, ceci accentuant la future élévation du niveau marin. La compréhension de ces processus est limitée et il n’y a pas de consensus sur leur amplitude. »

A noter que quelques médias comparent des résultats non strictement comparables : ils ont déclaré que le GIEC a réduit l’ampleur maximale de 88 à 59 cm, mais le chiffre précédent du TRE incluait cette incertitude relative à la dynamique de la glace, alors que ce n’est pas le cas avec le QRE, précisément parce que cette question est maintenant considérée comme davantage incertaine et peut-être plus sérieuse qu’avant.

A propos de la problématique cyclones/tempêtes tropicales, le ton est assez nuancé, comme l’on doit s’y attendre dans un document de consensus. Le lien entre température de surface céanique et intensité des tempêtes tropicales est clairement reconnu, comme l’ est la différence entre les projections des modèles et les analyses des observations cycloniques. «L’augmentation apprente de la proportion de cyclones très intenses depuis 1970 dans quelques régions est bien plus grande que celle simulée par les modèles actuels pour cette période ».

Nous aborderons quelques unes de ces questions et nous donnerons notre avis sur la manière dont elles ont été traitées dans des articles spécifiques dans les semaines à venir. Il y a beaucoup de travail en perspective, et nous avons, nous aussi, besoin de temps pour digérer tous ces résultats !

Traduit de l’anglais par T. de Garidel et O. Daniélo

364 Responses to “Le Quatrième Rapport d’Evaluation du GIEC – Résumé à l’intention des décideurs”

  1. 351
    greg meyerson says:

    hi: did anyone here read the recent article (2/13) in the ny times by john tierney on the richard branson offer of 25 million to invent a carbon eating technology?

    in the course of that report, the author made assertions about the ipcc report–suggesting among other things that the issues around sea level rise are hyped and that we will see only slow changes, nothing rapid, no tipping points.

    I think that in his discussion of sea level rise he may have made the mistake referred to above–he asserts that predictions of sea level rise has gone down (instead of making the point above about apples and oranges comparison where one measurement leaves out dynamical effects)

    anyway, are there any serious criticisms the experts here would make of this article, either on grounds of interpreting the ipcc report or on plausibility of seeking out miracle (carbon eating nano) technologies to deal with global warming as a substitute for reducing ghgs?

    thanks

    greg

  2. 352

    [[Thank u very much for your kind response. But i just want to tell u that i'm not afraid of all these earth changes. i was just eager to know what's going on... Moreover, my main hobby is collecting information about earth, beyond space, the unexplained phenomenon, black holes, Bermuda Triangle, underworld civilizations & several other spots that has wierd science & mysteries behind it. I hav been doing this for about 5yrs(since i was 14), but i have'nt got any clear evidences.]]

    All interesting stuff, but not really relevant to this blog, which is mostly about global warming. If you want to e-mail me about any of this I’ll try and tell you what I know, which may not always be much. :)

  3. 353
    Priya says:

    Yes, i know Barton. These are really not relevant to this blog. But i tried through email. It did’nt reach u…

  4. 354

    [[Yes, i know Barton. These are really not relevant to this blog. But i tried through email. It did'nt reach u... ]]

    It reached me, I just didn’t have anything to say in response.

  5. 355
    Danny says:

    Global Warming is bad! =]

  6. 356
    mark says:

    i,m not a scientist and not really up on all the jargon that they use….after several years of listening to theorys about how the planet is being destroyed,my thoughts have dedused a theory of my own,one that i have not heard anyone comment on before,maybe i am not well read enough or it is something that may have been brushed under the carpet..so to speak….not dismissing that polution and all the other things that have been commented on help,but to me it seems the rapidness over the last 30 years of global warming coencides with mans overwhelming desire to venture into space….now as i said,i am no scientist but,if you continually keep breaking through the atmosphere with rockets and satalites,not only are you burning all that fuel so close to the ozone layer….the thing they say which is causing the problem….maybe momentarily you are creating a hole,all those harmful radiations must be able to get through?how many and how many times have we done this?this has got to weaken our ozone layer surely?how many planes are flying in the skies now?burning all that fuel so close to the ozone,think we need to look higher to solve this problem we have…..dont you?

  7. 357

    [[if you continually keep breaking through the atmosphere with rockets and satalites,not only are you burning all that fuel so close to the ozone layer....the thing they say which is causing the problem....maybe momentarily you are creating a hole,all those harmful radiations must be able to get through?how many and how many times have we done this?this has got to weaken our ozone layer surely?how many planes are flying in the skies now?burning all that fuel so close to the ozone,think we need to look higher to solve this problem we have.....dont you? ]]

    It’s an interesting idea, but I don’t think the holes created by spacecraft last long enough to have an effect on the planet’s climate. That, and consider how physically small they are compared to the size of a planet. The biggest spacecraft out there in terms of width might be the US space shuttle, which is what, 50 meters across? Compare that to an Earth with an area of 510 trillion square meters. Similar comments for airplanes, I think, although of course there are a lot more of them.

  8. 358
    yartrebo says:

    Re #356:

    At the present time, there aren’t enough spacecraft launched per year to have any major effect, but I do believe that airplanes have an effect on ozone levels via their stratospheric emissions.

    If space travel becomes much more frequent, perhaps because of space tourism, then it does have the potential to cause serious harm as it is orders of magnitude more harmful per passenger or per kg of payload than commercial aircraft flights.

  9. 359
    rick hanheide says:

    I’m trying to read the SPM and got all the way to page 5 before getting stuck. Table SPM-0 is a list of sources of sea level rise (thermal expansion, glaciers and ice caps, Greenland, and Antartica, with numerical values for each). The next line is “sum of the individual climate contributions to sea level rise”. I was expecting that to be the “sum” of the four listed components, but it’s certainly not.

    I’m sure you have noticed and explained this already – please just point me to where..thanks

  10. 360
    rick hanheide says:

    Hmmm. Maybe no one is reading this topic anymore. I’ll try my question on a current discussion.

  11. 361
    WJG says:

    What sort of people work for the IPCC? [edit]

    Page 5 of the summary, the first table, none of it makes any sense. First, its in meters, then they sum up the results in millimeters and exxagerate the numbers by a factor of 10. Then, the estimated contributions to sea level rise, simple do not add up. Just do the math.

    Are the authors and everyone, everyone that reviews the summary making up numbers, or are they unable to do simple math? In addition to models being completely wrong. Conversions do not make sense, addition is wrong, coupled with a wild model that is no where close to the observed rate.

    0.18 meters is 1.8 millimeters?

    0.16+.077+0.21+0.21 = 0.28?? (coincidenatlly close to the observed rate?)

  12. 362
    WJG says:

    my mistake – the authors made a table on a scale of 100 years, while discussing the result son a scale of one year.

    However, it still stands that the math does not add up.

    Do the reviewers own a calculators? As it stands – the summary for sea level can only be discarded because no one in the IPCC can do math.

    [Response: See comment #11. This typo is already fixed in the downloadable version. -gavin]

  13. 363
    Henk Lankamp says:

    @Rick and WJG
    Please download a newer version. At first there was a mixture of units in the table, this is corrected now, all values in mm/yr: SPM2.

  14. 364
    Dan says:

    re: 361 and 362.
    It is not all that difficult to do a quite simple search here at the top of the page and find the SPM reviewers are listed in post 48 at http://www.realclimate.org/index.php/archives/2007/02/fraser-institute-fires-off-a-damp-squib/

    So you can now contact through Google Scholar each scientist listed and specifically ask them if they are “making up numbers” or “are (you) unable to do simple math?”.