Conférence d’Exeter (G-B): éviter un changement climatique dangereux

Par William Connoley (traduit par Thibault de Garidel)

La conférence ayant eu lieu la semaine dernière à Exeter intitulée “Eviter un changement climatique dangereux” a pour origine un discours du premier ministre britannique Tony Blair. Celui-ci avait alors posé deux questions “quel niveau de concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère peut être considéré comme excessif ?” et “quelles options avons-nous pour éviter de tels niveaux ?”. La première question est très intéressante, mais également problématique. Comme Roger Pielke l’a noté, les organisateurs de cette conférence ont en fait choisi trois “questions principales” :

1. Pour différents niveaux de changement climatique, quels sont les impacts principaux, pour les différentes régions et secteurs, et pour le monde entier ?

2. Pour que de tels niveaux de changement climatique soient atteints, quelles sont les implications en terme de stabilisation des concentrations en gaz à effet de serre, et des options d’émission ?

3. Quelles options technologiques existent pour arriver à stabiliser les gaz à effet de serre à différentes concentrations, en tenant compte des coûts et incertitudes?

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Il est intéressant de réfléchir à la différence entre le but initial et “les questions principales” choisies par les organisateurs. La question 1 relève essentiellement de la partie “impacts” du GIEC (Groupe de Travail II- WGII ); la question 2 relève du Groupe de Travail I-WGI (amplitude du changement climatique); la question 3 est enfin assez proche du Groupe de Travail III – WGIII (mesures d’atténuation, y compris les options techniques). Je suppose qu’ils ont échangé les questions 1 et 2 pour éviter de rendre l’identification trop évidente. Le rapport du comité de coordination de la conférence explique très clairement qu’ils se sont basés sur le travail du Troisième Rapport d’Evaluation du GIEC.

Il semble que la vision audacieuse des politiciens a été transformée par les organisateurs de la conférence en quelque chose de plus maniable – un ensemble de questions qui peuvent être discutées dans le cadre scientifique habituel et par les personnes habituelles. Et c’était probablement judicieux, car la question initiale est vraiment très difficile a résoudre – pas simplement parce que toute la science n’est pas encore connue, mais parce que même si toutes les incertitudes scientifiques étaient résolues, ce qui est “dangereux” est probablement une question politique plutôt que scientifique. Et cette conférence était principalement scientifique.

Quelles sont les nouveautés ? Sur la question des impacts, le rapport final indique qu’il y a plus de clarté et moins d’incertitude depuis le Troisième Rapport d’Evaluation du GIEC, ce qui est logique après 4 années de recherche. Ils identifient quelques “seuils” qui sont dangereux pour certains processus : – un réchauffement local de 2,7ºC pour la fonte du Groenland; un réchauffement global de 1ºC pour le blanchissement du corail. Les extrêmes climatiques, et la vague de chaleur de 2003 en Europe sont également mentionnés. Sur le changement climatique, ils notent que limiter le changement de température global à 2ºC avec un bon niveau de confiance exigerait la stabilisation à l’équivalent de 400 ppm de CO2 (le CO2 lui-même est déjà à 380, mais “l’équivalent CO2” inclut la contribution des autres gaz à effet de serre et les effets négatifs des sulfates; voyez ici pour plus de détail). Si le risque d’augmenter la température globale par plus de 2ºC est accepté, alors une concentration de 550 ppm serait acceptable. Pour les options techniques, ils notent que l’IEA [ndt : agence Internationale de l’Energie Atomique] prévoit une augmentation de 63% des niveaux de CO2 d’ici 2030, en accord avec les évaluations du GIEC. Il y a un grand nombre d’options qui pourraient être prises pour réduire les émissions, et parmi celles-ci figure le nucléaire.

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