L’accroissement du CO2 atmosphérique: sommes nous entièrement responsable?

Corinne Le Quéré, Université d’East Anglia.

C’est une question qui revient sans cesse, bien que nous connaissions déjà la réponse : nous sommes responsable de la totalité de l’accroissement récent du CO2 atmosphérique, et ceci, malgré le fait que les océans et la biosphère terrestre répondent tous deux aux changements de réchauffement global. Les évidences les plus convaincantes pour les scientifiques (basées sur le décroissement de l’oxygène et des isotopes du carbone) ont déja été expliquées dans une page précédente disponible ici et dans une lettre à la revue spécialisée Physics Today. Cependant, ces évidences peuvent être difficiles à saisir pour les non-spécialistes car elles requièrent des connaissances scientifiques importantes. Je présente ici des évidences plus simples qui mènent aux mêmes conclusions et qui expliquent comment on sait que nous sommes responsables non seulement d’une partie de l’accroissement récent du CO2 atmosphérique, mais de la totalité.

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Il n’y a que deux réservoirs qui peuvent échanger de larges quantités de CO2 avec l’atmosphère sur une période aussi courte que ~100 ans: l’océan et la biosphère terrestre (les forêts et les sols). La quantité totale de carbone (le “C” du CO2) doit être conservée. Si le CO2 atmosphérique était causé, même en partie, par l’émission de carbone provenant de l’océan ou de la biosphère terrestre, nous devrions mesurer une diminution du carbone dans ces deux réservoirs.

Nombre d’observations montrant une diminution du carbone dans l’océan global: zéro.

Nombre d’observations montrant une augmentation du carbone dans l’océan global: plus de 20 études utilisant six méthodes indépendantes. Les méthodes utilisées sont les suivantes:

(1) mesures directes de la pression partielle du CO2 à la surface de l’océan (Takahashi et al. 2002),

(2) observations de la distribution spatiale du CO2 atmosphérique qui indiquent où et combien de carbon entre et sort des différentes régions de l’océan (Bousquet et al. 2000),

(3) observations du carbone, de l’oxygène, des nutriments et des CFCs combinés pour soustraire la signature des processus biologiques (Sabine et al. 2004),

(4) observations du carbone et de l’alkalinité séparées dans le temps combinées à une estimation de l’âge de la masse d’eau basée sur les mesures de CFC (McNeil et al. 2002),

et les observations simultanées de l’augmentation du CO2 atmosphérique et de la décroissance (5) de l’oxygène (Keeling et al. 1996), et (6) de l’isotope 13 du carbone (Ciais et al. 1995).

Les deux dernières méthodes sont basées sur le fait que la combustion de carbone fossilisé et la respiration biosphérique consomment l’oxygène et réduisent le carbone 13 tout en produisant du CO2, mais par contre les échanges océan-atmosphère n’ont que peu d’influence sur l’oxygène et le carbone 13. Donc la mesure de ces trois éléments permet d’estimer la distribution dans les différents réservoirs.

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