Assombrissement global?

par Gavin Schmidt (traduit par Pierre Allemand)

Il est un fait que la plupart des interventions sur ce site ont essayé de contrer les arguments de ceux qui voudraient semer une “incertitude” trompeuse dans le débat sur le climat. Mais, de peur que nos lecteurs pensent que nous sommes abusivement certains de nos connaissances, examinons un exemple récent de la tendance inverse : trop de certitude.

Un récent documentaire de la série “Horizon” de la BBC (transcription) a soulevé la question d’un “assombrissement global” et a indiqué que l’existence récemment reconnue d’un tel phénomène « tueur » pourrait amener à reconsidérer très fortement l’hypothèse d’un futur réchauffement global. Cet audacieux raisonnement faisait un lien très clair entre l’assombrissement global et les famines en Ethiopie durant les années 1980, le plus grave restant encore à venir. Des dépêches de presse avec des titres du genre « Le coup de frein sur les énergies fossiles pourrait accélérer le réchauffement global » suivaient dans la foulée. Mais, qu’en est-il exactement ?

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L’assombrissement global est observé par des mesures au-dessus des terres dans de nombreuses régions du monde, et il pourrait peut-être s’agir d’un phénomène réel. Quoique qu’il existe des doutes sérieux sur la validité de certains chiffres (bacs de mesure d’évaporation non couverts, et que des oiseaux boivent, dérive et non homogénéité dans les instruments de mesure du rayonnement solaire), dans ses assersions les plus globales, Beate Liepert estimait à environ 4 % la réduction globale du rayonnement solaire atteignant le sol entre 1961 et 1990. Bien que des indications plus récentes montrent que la tendance pourrait s’être inversée au cours de la dernière décennie, le phénomène pourrait rester significatif. En admettant pour les besoins du raisonnement que ces chiffres soient valables, quelles pourraient en être les causes ? Une modification de cette importance dans le rayonnement solaire incident lui-même n’est pas possible, car les satellites l’aurait repéré. Donc, il doit s’agir de quelque chose dans l’atmosphère qui intercepte ce rayonnement. Il n’y a que quelques possibilités : les nuages, la vapeur d’eau ou les aérosols.

Tout d’abord, il est important de noter que même un forçage purement dû aux gaz à effet de serre conduira à une légère diminution du rayonnement à la surface du sol (à cause de l’effet concurrent de l’accroissement de l’humidité) et à la formation potentielle de nuages. La présence et l’épaisseur de la couche nuageuse sont toutes les deux susceptibles de varier avec le climat.

Les “contrails” (ces traînées en panache que laissent les jets à haute altitude) ont augmenté durant cette période, et ceci pourrait être important. Mais, les estimations de leur effet global restent faibles, même en faisant des hypothèses très généreuses quant à leur propagation (Minnis et al, 2004). Il est également connu que les aérosols ont augmenté durant cette période, ce qui en fait des candidats naturels. Néanmoins, les simulations utilisant en première approximation l’ “effet direct” des aérosols (l’accroissement de l’albédo de la planète dû à la brillance des particules), ne cadre pas avec les changements observés. Les candidats restants sont finalement les interactions nombreuses entre les aérosols et les nuages, qu’on appelle les “effets indirects”.

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