Ouragans et réchauffement global – existe t’il un lien ?

by Stefan Rahmstorf, Michael Mann, Rasmus Benestad, Gavin Schmidt, and William Connolley (traduit par Claire Rollion Bard)

Le lundi 29 août, l’ouragan Katrina a ravagé la Nouvelle-Orléans, la Louisiane et le Mississipi, laissant une traînée de destruction dans son sillage. Il va se passer du temps avant que le bilan total de cet ouragan soit estimé, mais les impacts environnementaux et humains sont déjà apparents.

Katrina était le plus craint des évènements météorologiques, un ouragan majeur laissant un terrain vide dans une région très peuplée de faible élévation. Dans le sillage de sa dévastation, beaucoup se sont demandés si le réchauffement global pouvait avoir contribué à ce désastre. La Nouvelle-Orléans pourrait-elle être la première ville majeure des Etats-Unis à être ravagée par le changement climatique causé par les humains ?

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La réponse correcte — celle que nous avons fournie dans les articles précédents (Storms & Global Warming II, Some recent updates and Storms and climate change) — est qu’il n’y a aucune manière de prouver que Katrina était ou n’était pas affectée par le réchauffement global. Pour un seul événement, sans regarder à quel point il est extrême, une telle attribution est fondamentalement impossible. Nous avons seulement une Terre et elle suivra seulement une des infinies possibilités de séquence du temps. Il est impossible de savoir si cet événement aurait eu lieu ou pas si nous n’avions pas eu d’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère autant que nous avons. Les évènements du temps résultent toujours d’une combinaison de facteurs déterminants (incluant le forçage des gaz à effet de serre ou les cycles lents naturels du climat) et de facteurs stochastiques (pure chance).

Dû au semi-hasard de la nature du temps, nous avons tort d’imputer un seul événement tel que Katrina au réchauffement global – et, bien sûr, il est juste indéfendable de blâmer Katrina d’un cycle naturel à long terme dans le climat.

Néanmoins, ce n’est pas la bonne manière d’encadrer la question. Comme nous l’avons indiqué dans des articles précédents, nous pouvons en effet dessiner quelques conclusions importantes sur les liens entre l’activité des ouragans et le réchauffement global dans un sens statistique. La situation est analogue à faire rouler un dé pipé : on peut, si on a l’envie, construire un ensemble de dés où les 6 sortent deux fois plus souvent que la normale. Mais si on voulait tirer un six avec ces dés, on ne pourrait pas les blâmer spécifiquement sur le fait que les dés ont été pipés. La moitié des 6 seront tirés de toute façon, même avec un dé normal. Charger les dés a doublé simplement les impairs. De la même manière, bien que nous ne puissions pas tirer des conclusions fermes sur un seul ouragan, on peut tirer certaines conclusions sur des ouragans plus généralement. En particulier, la documentation scientifique à disposition indique qu’il est possible que le réchauffement global fera – et l’a peut-être déjà fait – que ces ouragans ont une forme plus destructive qu’ils auraient eu sinon.

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