Ouragans et réchauffement global – existe t’il un lien ?

Le lien clé est celui entre les températures des eaux de la mer de surface (abréviation TES – SST en anglais) et la puissance des ouragans. Sans aller trop loin dans les détails techniques sur la dynamique et la thermodynamique impliquées dans les tempêtes tropicales et les ouragans ( une excellent discussion de cela peut être trouvée ici), le lien fondamental entre les deux est assez simple : l’eau chaude, et l’instabilité dans la basse atmosphère que cela crée, est la source d’énergie des ouragans. C’est pourquoi ils surviennent seulement dans les tropiques et durant la saison où les TESs sont les plus élevées (Juin à Novembre dans l’Atlantique Nord tropical).

La TES n’est pas la seule influence sur la formation des ouragans. Un fort cisaillement dans les vents atmosphériques (c’est-à-dire, des changements dans la force du vent et la direction avec la hauteur d’atmosphère au-dessus de la surface), par exemple limite le développement de la structure hautement organisée qui est requise pour la formation d’un ouragan. Dans le cas des ouragans de l’Atlantique, l’ El Niño/Oscillation Australe a tendance à influencer le cisaillement vertical du vent et ainsi, en retour, le nombre d’ouragans qui se forment en une année donnée. Beaucoup d’autres caractéristiques du processus du développement des ouragans et leur force sont, cependant, étroitement liées à la TES.

Les modèles de prévision météorologique des ouragans (les mêmes qui ont été utilisés pour prédire le passage de Katrina) indiquent une tendance pour des ouragans plus intenses (mais, dans l’ensemble, pas plus fréquents) quand ils simulent pour des scénarii de changement climatique (Fig. 1).

Figure 1. Simulation d’un modèle de tendance pour les ouragans (d’après Knutson et al., 2004)

Dans la simulation particulière montrée ci-dessus, la fréquence des ouragans les plus forts (catégorie 5) triplent grosso modo dans un scénario de changement anthropique du climat. Cela suggère que les ouragans pourraient, en effet, devenir plus destructifs (1) puisque les TESs tropicales se réchauffent à cause des impacts anthropiques.

Mais qu’en est-il du passé ? Que montrent vraiment les observations du dernier siècle ? Certaines études du passé (par exemple, Goldenberg et al., 2001) soutiennent qu’il n’y a aucune évidence d’une augmentation à long terme dans les mesures statistiques de l’activité des ouragans de l’Atlantique tropical, malgré le réchauffement global en cours. Ces études cependant se sont focalisées sur la fréquence de tous les ouragans et tempêtes tropicaux (réunissant les faibles et les forts) plutôt que de mesurer des changements dans l’intensité des tempêtes. Comme nous l’avons discuté auparavant sur ce site, les mesures statistiques qui se focalisent sur des tendances dans les tempêtes de catégorie la pus forte, le maximum des vents des ouragans, et des changements dans le minimum des pressions centrales, suggèrent une augmentation systématique dans les intensités des tempêtes qui se forment. Cette conclusion est cohérente avec les simulations des modèles.

Une étude récente dans Nature par Emanuel (2005) a examiné, pour la première fois, une mesure statistique de la dissipation de la puissance associée à l’activité des ouragans passés (i.e. “Indice de Dissipation de la Puissance” ou “IDP” — Fig. 2). Emanuel a trouvé une étroite relation entre l’augmentation dans la mesure de l’activité de l’ouragan (qui est susceptible d’être une meilleure mesure du potentiel destructif des tempêtes que les mesures précédemment utilisées) et la hausse de la TES de l’Atlantique Nord tropical, ce qui est cohérent avec les attentes théoriques. Comme les TESs tropicales ont augmenté durant les dernières décennies, alors le potentiel destructif intrinsèque des ouragans l’a fait aussi.

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