Ouragans et réchauffement global – existe t’il un lien ?

Il a été affirmé (par exemple, par le NOAA National Hurricane Center) que la récente reprise dans l’activité des ouragans est due à une cycle naturel, nommé Atlantic Multidecadal Oscillation (“AMO”). Les nouveaux résultats d’Emanuel (Fig. 2) argumentent contre cette hypothèse comme seule explication : l’augmentation récente de la TES (au moins pour Septembre comme montré dans la figure) est bien en dehors de la gamme des oscillations passées. Emanuel conclut donc dans cet article que “la large hausse dans la dernière décennie est sans précédent, et probablement reflète l’effet du réchauffement global”. Cependant, la prudence est toujours de mise avec des résultats scientifiques très nouveaux jusqu’à ce qu’ils aient été complètement discutés par la communauté et soit supportés, soit affaiblis par des analyses supplémentaires. Des analyses précédentes du AMO et des modes d’oscillations naturelles dans l’Atlantique (Delworth and Mann, 2000 ; Kerr, 2000) suggèrent que l’amplitude des variations naturelles de la SST moyennée sur les tropiques est d’environ 0,1 – 0,2 °C, donc un basculement de la phase la plus froide à la phase la plus chaude peut expliquer jusqu’à 0,4 °C de réchauffement.

Qu’en est-il de l’hypothèse alternative : la contribution des gaz à effet de serre anthropiques au réchauffement de la TES tropicale ? A quelle force s’attend-on ? Une manière d’estimer cela est d’utiliser des modèles climatiques. Diriger par des forçages anthropiques, cela montre un réchauffement de la TES tropicale dans l’Atlantique d’environ 0,2 – 0,5 °C. Globalement, la TES a augmenté d’environ 0,6 °C dans les derniers 100 ans. Cela reflète principalement la réponse à des forçages radiatifs globaux qui sont dominés par le forçage anthropique au cours du XXe siècle. Les modes régionaux de variabilité, comme l’AMO, se neutralisent largement et font une faible contribution dans les changements globaux de TES moyenne.

Ainsi, nous pouvons conclure qu’à la fois un cycle naturel (l’AMO) et le forçage anthropique pourrait avoir fait grosso modo également de larges contributions au réchauffement de l’Atlantique tropical au cours des dernières décennies, avec une attribution exacte impossible jusqu’ici. Le réchauffement observé est probablement le résultat d’un effet combiné : des données suggèrent fortement que l’AMO a été dans une phase de réchauffement pour les deux ou trois dernières décennies, et nous savons aussi qu’au même moment le réchauffement anthropique global est en cours.

Alors, finalement, nous retournons à Katrina. Cette tempête était un faible ouragan (catégorie 1) quand elle a croisé la Floride, et a gagné de la force plus tard au-dessus des eaux chaudes du Golfe du Mexique. La question a posé alors ici est : pourquoi le Golfe du Mexique est si chaud actuellement – combien de cela peut être attribué au réchauffement global et combien à la variabilité naturelle ? Des analyses plus détaillées des changements de la TES dans les régions en question, et des comparaisons avec les prédictions des modèles, apporteront probablement de la lumière sur cette question dans l’avenir. À présent, cependant, la documentation scientifique disponible suggère qu’il serait prématuré d’affirmer que le récent comportement anormal peut être attribué entièrement à un cycle naturel.

Mais, en fin de compte, la réponse à ce qui a causé Katrina est d’une valeur pratique faible. Katrina est dans le passé. Beaucoup plus important est d’apprendre quelque chose pour le futur, puisque cela pourrait nous aider à réduire le risque de tragédies supplémentaires. Une meilleure protection contre les ouragans sera un point de discussion évident dans les mois à venir, auquel, en tant que climatologues, nous ne sommes pas particulièrement qualifiés pour contribuer. Mais la science du climat peut nous aider à comprendre comment les actions humaines influencent le climat. La documentation actuelle suggère fortement que :

(a) les ouragans ont tendance à devenir plus destructifs quand les températures de l’océan augmentent, et

(b) une hausse incontrôlée dans les concentrations des gaz à effet de serre sera fortement susceptible d’augmenter plus les températures de l’océan, surpassant en fin de compte toutes oscillations naturelles.

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