Les Chevaliers de l’Ordre de la Terre Plate, Part II: Courtillot’s Geomagnetic Excursion

Aucune autre théorie basée sur des principes physiques quantifiables n’a pu faire de même. Si quelqu’un arrivait avec la brillante idée que, disons, le réchauffement global est dû à la pluie de Phlogistique tombant de la Lune, cela n’effacerait pas d’un coup tout ce que l’on sait sur la thermodynamique, sur l’absorption des infrarouges, l’équilibre radiatif, et la température. Au contraire, c’est le boulot de l’avocat du Phlogistique de quantifier les effets du Phlogistique sur l’équilibre radiatif, et de les ajouter de manière cohérente aux forçages climatiques existants. Quasiment toutes les tentatives d’enfoncer la théorie de l’effet de serre anthropique ont perdu de vue ce principe simple mais incontournable.

Dans un article intitulé "Are there connections between the Earth’s magnetic field and climate?" publié récemment dans le journal Earth and Planetary Science Letters, Courtillot et ses co-auteurs tentent de jeter le doute sur la responsabilité principale du CO2 dans le changement climatique récent (et probablement futur); avançant au contraire que les fluctuations du champ magnétique terrestre (en partie dues à la variabilité solaire) jouent un rôle important et négligé. Comme la plupart des travaux du genre, celui-ci est construit sur un vide intellectuel –comme si tout ce que nous savions déjà en physique du climat devait être mis au rebut pour une idée nouvelle (et en fait pas si nouvelle). Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Avec l’aide d’un Commentaire publié par Bard et Delaygue (disponible ici dans EPSL ou ici comme fichier PDF), nous exposerons un ensemble d’erreurs suspectes et d’omissions qui remplissent le papier de Courtillot. Je-m’en-foutisme et ignorance, est l’interprétation de loin la plus charitable que l’on puisse apporter à cet ensemble.

Commençons par noter que, comme concurrent significatif au forçage par les gaz à effet de serre anthropiques des changements climatiques récents, le forçage radiatif directement par les variations de l’irradiance solaire arrive bon dernier. Le flux d’énergie solaire a été suivi précisément par des instruments satellitaires depuis 1978. Mesurée entre les maxima et minima des cycles solaires de 11 ans, en la moyennant sur la surface de la Terre et en prenant en compte l’albédo, l’amplitude du forçage radiatif est plus petite que 0,2 W/m2. La tendance que l’on obtient en moyennant sur plusieurs cycles solaires est encore plus faible. Ceci fait pâle figure à côté des plus de 2 W/m2 de forçage radiatif dû aux gaz à effet de serre à longue durée de vie qui se sont accumulés dans l’atmosphère depuis 1750, et encore plus par rapport au forçage qui nous attend si aucune action n’est prise pour contrôler les émissions. Rien dans la physique du climat ne suggère que la sensibilité du climat aux variations d’irradiance solaire diffère de façon substantielle de la sensibilité au forçage des infrarouges dû aux variations des gaz à effet de serre. Pour ce qui concerne le climat, un watt est (pour l’essentiel) un watt, peu importe qu’il provienne du changement de l’énergie solaire incidente ou de l’émission infrarouge due aux gaz à effet de serre.

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