L’état de confusion de Michael Crichton

Les premiers commentaires abordent la question de l’attribution de la tendance récente au réchauffement à l’augmentation du CO2. Un personnage suggère: « Si le CO2 n’a pas causé le refroidissement global entre 1940 et 1970, comment pouvez-vous être sûr qu’il soit responsable du réchauffement récent? » (paraphrasé de la page. 86 – NdT: l’édition française étant prévue pour 2006, les numéros de page se réfèrent à l’édition anglaise.) Les températures moyennes de l’hémisphère Nord ont effectivement baissé sur cette période, alors que les concentrations de CO2 continuaient à augmenter. Si les autres conditions étaient restées semblables, c’est un réchauffement qu’on aurait du observer. Mais sont-elles restées semblables? En fait, non. En réalité, le climat peut être influencé à la fois par sa variabilité interne comme par des causes externes (c-à-d autres que le CO2). D’autres « forçages » peuvent causer un refroidissement (par exemple les aérosols à base de sulfates et de nitrates, des changements dans l’utilisation des sols, l’irradiation solaire ou les aérosols volcaniques). Pour faire correspondre notre évaluation de ce aurait du arriver avec la réalité, il faut inclure TOUS les forçages (du mieux que nous pouvons). Même dans ce cas, une différence peut être causée par une variabilité interne (principalement liées aux océans, à l’échelle de plusieurs décennies). Dans les meilleures estimations actuelles, les changements globaux de température moyenne (y compris la période 1940-1970) correspondent de très près à l’effet combinés des forçages. Les impacts régionaux semblent être beaucoup plus liés à la variabilité interne (en particulier le réchauffement des années 30 dans l’Atlantique Nord). Toutefois, jamais personne n’ a pu montré que le réchauffement récent pouvait être reproduit sans prendre en compte l’augmentation du CO2 (et des autres gaz à effet de serre comme le méthane).

Ensuite, en puisant abondamment dans les données de stations météo, l’auteur mentionne un certain nombre d’enregistrements provenant de de stations particulières où la tendance de long terme est au refroidissement. Ils visitent en particulier Punta Arenas (à la pointe sud de l’Amérique), où (au grand plaisir de l’institution où je travaille ) les enregistrements de la station GISTEMP affichés au mur montrent une tendance de long terme au refroidissement (même s’il y a un léger réchauffement depuis 1970). « Et voilà votre réchauffement global » déclare un des héros. Je ne peux pas être d’accord avec ceci. Le réchauffement global est défini par la moyenne globale des températures de surface. Cela ne signifie pas que tout le globe se réchauffe uniformément (ce qui n’est évidemment pas le cas). (Mais ça n’empêche pas un des personnage de déclarer plus tard (page 381) : « Cet effet est probablement le même partout dans le monde. C’est pour ça qu’on l’appelle réchauffement global »). Si les personnages avaient visité la station toute proche de Santa Barbara Cruz Aeropuerto, le graphique affiché aurait montré une tendance positive. Est-ce que cela aurait été une preuve réchauffement global? Non. C’est seulement en amalgamant tous les enregistrements dont nous disposons (après correction pour les problèmes connus, comme discuté ci-dessous) que nous pouvons nous faire une idée de comment évoluent les moyennes régionales, hémisphériques ou globales. C’est cela, la signification de « réchauffement global. »

Crichton soulève ensuite le fait apparemment non reconnu (en tous cas par l’avocat) que l’intérieur de l’antarctique se refroidit (page 196), un thème discuté dans un autre post (refroidissement antarctique, réchauffement global?). C’est plus ou moins correct, étant donné les incertitudes évidentes dans les données de long terme pour l’intérieur du continent, mais, comme expliqué ci-dessus, un refroidissement local n’est pas contradictoire avec un réchauffement global.

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