L’état de confusion de Michael Crichton

Ensuite, en puisant abondamment dans les données de stations météo, l’auteur mentionne un certain nombre d’enregistrements provenant de de stations particulières où la tendance de long terme est au refroidissement. Ils visitent en particulier Punta Arenas (à la pointe sud de l’Amérique), où (au grand plaisir de l’institution où je travaille ) les enregistrements de la station GISTEMP affichés au mur montrent une tendance de long terme au refroidissement (même s’il y a un léger réchauffement depuis 1970). « Et voilà votre réchauffement global » déclare un des héros. Je ne peux pas être d’accord avec ceci. Le réchauffement global est défini par la moyenne globale des températures de surface. Cela ne signifie pas que tout le globe se réchauffe uniformément (ce qui n’est évidemment pas le cas). (Mais ça n’empêche pas un des personnage de déclarer plus tard (page 381) : « Cet effet est probablement le même partout dans le monde. C’est pour ça qu’on l’appelle réchauffement global »). Si les personnages avaient visité la station toute proche de Santa Barbara Cruz Aeropuerto, le graphique affiché aurait montré une tendance positive. Est-ce que cela aurait été une preuve réchauffement global? Non. C’est seulement en amalgamant tous les enregistrements dont nous disposons (après correction pour les problèmes connus, comme discuté ci-dessous) que nous pouvons nous faire une idée de comment évoluent les moyennes régionales, hémisphériques ou globales. C’est cela, la signification de « réchauffement global. »

Crichton soulève ensuite le fait apparemment non reconnu (en tous cas par l’avocat) que l’intérieur de l’antarctique se refroidit (page 196), un thème discuté dans un autre post (refroidissement antarctique, réchauffement global?). C’est plus ou moins correct, étant donné les incertitudes évidentes dans les données de long terme pour l’intérieur du continent, mais, comme expliqué ci-dessus, un refroidissement local n’est pas contradictoire avec un réchauffement global.

Après cela, et de façon un peu plus troublante, nous avons quelques rappels plutôt trompeurs et sélectifs à propos du témoignage de Jim Hansen au Congrès en 1988. « Le Dr Hansen a surestimé [le réchauffement global] de 300% » (page 247). Ce témoignage conduisit effectivement à une forte augmentation de la prise de conscience du fait que le réchauffement global était un sujet important, mais pas parce qu’il exagérait le problème de 300%. Dans un article publié peu après son témoignage (Hansen et al. 1988), il présente des simulations pour trois scénarios de croissance des GES et des autres forçages. Le scénario A présentait une croissance exponentielle du CO2, le scénario B contenait une hypothèse plus modeste de scénario à politique inchangée (business as usual) et dans le scénario C, il n’y avait plus d’augmentation du CO2 après l’an 2000. Les scénarios B et C incluaient tous les deux une grande éruption volcanique en 1995. Très justement, les auteurs ne supposaient pas qu’ils savaient quelle serait la croissance des émissions de CO2. Ils présentaient donc plusieurs scénarios. Le scénario qui se trouve être le plus proche de la croissance réelle des forçages est le scénario B, à la différence que l’éruption du Pinatubo eut lieu en 1991 et non en 1995. Dans ce scénario, les changements de température de la décennie sont très proches de la valeur observée de 0,11°C/décennie (voir figure). Donc, à partir d’une bonne estimation des forçages, le modèle fit un travail raisonnable. En fait, dans son témoignage, Hansen ne montra que les résultats du scénario B et déclara clairement qu’il était le plus probable. L’erreur de 300% vient du « sceptique » bien connu Patrick Michaels, qui dans son témoignage au Congrès de 1998 effaça les deux courbes du bas pour donner l’impression que les modèles ne sont pas fiables.

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