Le mythe du refroidissement global

L’attitude de la science, à cette époque (disons au milieu des années 70), était, en se fondant sur les articles publiés, en résumé : “…nous ne comprenons pas bien quantitativement la façon dont la machine climatique fonctionne et ce qui détermine son cours. En l’absence de cette compréhension fondamentale, il ne semble pas possible de prédire le climat…” (repris directement de NAS, 1975). D’une façon un peu plus détaillée, on connaissait les différents mécanismes de forçage – le cycle des périodes glaciaires ; le réchauffement par le CO2 ; le refroidissement par les aérosols – mais on ne savait pas ce qui serait dominant dans le futur proche. A la fin des années 70, néanmoins, il était devenu clair que le réchauffement par le CO2 serait probablement dominant ; cette conclusion s’est, depuis, renforcée.

George Will affirme que Science magazine (10 déc. 1976) prévenait d’une “glaciation extensive de l’hémisphère nord”. La citation vient de Hays et al. Mais cette citation est grossièrement extraite de son contexte. Voici in extenso la section qui traite de cette prédiction :

Climat futur. Ayant montré l’évidence que les changements climatiques majeurs du passé étaient associés à la géométrie de l’orbite de la terre, nous devrions être capables de prédire l’orientation du climat futur. De telles prévisions doivent être examinées de deux manières. D’abord, elles s’appliquent uniquement aux composantes naturelles du climat futur – et non aux effets anthropogéniques comme ceux résultant de l’utilisation des combustibles fossiles. Ensuite, elles décrivent uniquement les tendances à long terme, car elles sont liées à des variations orbitales dont les périodes sont de 20 000 ans et plus. Les oscillations climatiques de fréquence plus élevée ne sont pas comprises dans les prévisions.

Une des approches possibles pour les prévisions des tendances climatiques naturelles à long terme consiste à estimer les constantes temps de réponse nécessaires pour expliquer les relations de phase observées entre les variations orbitales et les changements climatiques, puis d’utiliser ces constantes de temps dans des modèles à réponse exponentielle. Quand un tel modèle est appliqué aux projections astronomiques de Venekar (39), le résultat montre que la tendance à long terme pour les prochaines 20 000 années va vers une glaciation extensive de l’hémisphère nord, et un climat plus froid (80).

La question des échelles de temps doit être notée : prédire une période glaciaire (même en l’absence de forçage humain) est presque impossible à l’échelle que vous pourriez appeler “imminente” (peut-être d’un siècle : comparable aux échelles typiquement utilisées dans les projections du réchauffement global) parce que les périodes glaciaires sont lentes, à cause du type de mécanisme de forçage orbital.

Will cite aussi “une pleine période glaciaire de 10 000 ans” (Science, 1 mars 1975).

La citation est exacte, la source non. La citation ne vient pas de “Science” ; elle vient de “Science News”. Il y a une différence majeure : Science est (avec Nature) le journal le plus prestigieux concernant les sciences naturelles ; Science News n’est pas du tout un journal à relecture par des pairs, bien qu’il reste un journal respectable. Dans ce cas, les choses ont un peu dérivé : le souci de présenter une histoire passionnante a dépassé la simple lecture du rapport de la NAS [NdT : National Academy of Sciences], considéré comme trop ennuyeux pour être présenté directement.

L’article de Hays ci-dessus est l’exemple le plus notable de l’aboutissement à l’âge glaciaire. Encore une fois, c’est un article très important dans l’histoire du climat, faisant le lien entre les sédiments océaniques et la périodicité des forçages orbitaux. Rasool and Schneider, Science, July 1971, p 138, “Atmospheric Carbon Dioxide and Aerosols: Effects of Large Increases on Global Climate” représente le meilleur exemple de l’autre aboutissement, le refroidissement par les aérosols.

L’article mentionne que le quadruplement des aérosols pourrait faire descendre la température moyenne (du globe) d’au moins 3,5 degrés K. Si elle se prolongeait sur plusieurs années, une telle chute de température pourrait être suffisante pour déclencher une période glaciaire !

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