Moberg et coll. : une plus grande variabilité climatique passée dans l’Hémisphere Nord ?

par William Connolley et Eric Steig (traduit par Pierre Allemand)

L’édition du 10 février de Nature contient un intéressant article “Les grandes variations de températures de l’hémisphère Nord reconstituées à partir d’observations à basse et haute résolution ” par Anders Moberg, DM Sonechkin, K Holmgren, NM Datsenko, et W Karlin (doi:10.1038/nature03265). Cet article adopte une nouvelle approche du problème de la reconstitution des températures passées à partir de marqueurs (“proxies”) des paléoclimats. Un des principaux résultats est une reconstitution montrant une variabilité à l’échelle du siècle dans les moyennes des températures de l’hémisphère nord plus importante que celle montrée dans les reconstitutions précédentes. Ce résultat amènera sans doute beaucoup de discussions et de débats futurs concernant la validité des travaux précédents. Néanmoins, le résultat ne change pas fondamentalement un des aspects les plus discutés de ces travaux, à savoir que les températures depuis 1990 semblent être les plus chaudes des 2000 dernières années.

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La nouveauté, dans cet article est l’utilisation d’ondelettes (un outil statistique d’usage courant dans le traitement des images par ordinateur) pour séparer les composantes à haute et basse fréquence. La reconstitution des températures est alors obtenue en combinant l’information à haute fréquence (< 80 ans) provenant des anneaux de croissance (cernes) des arbres avec l’information à plus basse fréquence (>80 ans) provenant des sédiments lacustres ou d’autres marqueurs à résolution pluri-annuelle. Cela a deux résultats qui peuvent être importants : permettre l’utilisation d’observations à fréquence non annuelle (les reconstitutions récentes précédentes, MBH98, Esper et al., utilisaient des observations comportant au moins une valeur par an pour permettre un calibrage avec les mesures instrumentales ; l’approche de Moberg autorise seulement l’utilisation de moyennes sur 50 ans et rejette les observations provenant des anneaux de croissance sur une longue période, qu’elle considère comme non fiable. D’autres techniques ont été également employées ou suggérées pour la combinaison des signaux à basse et haute fréquence (Guiot, 1985; Rutherford et al. (2005) ).

Le résultat est un allongement de la période du signal, par rapport à, par exemple, Mann, Bradley et Hughes, 1998 (MBH98). Moberg et al. montrent 2 « périodes de chaleur anormales» dans la courbe lissée, autour des années 1000 et 1100, à 0°C sur leur échelle d’anomalie. Quelques années à l’intérieur de ces périodes atteignent presque +0,4°C par rapport à la moyenne. A titre de comparaison, les mesures instrumentales les plus récentes atteignent +0,6°C et même un peu plus dans la période qui suit 1990, sur la même échelle. Les années les plus froides de ce qu’il est convenu d’appeler le « Petit âge glaciaire » se trouvent autour de 1600 et se situent à environ – 0,7°C par rapport à la moyenne, certaines années atteignant –1,2 °C.

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