Voici pourquoi rechercher le réchauffement global dans les océans est pertinent

par Gavin Schmidt (traduit par Pierre Allemand)

Un grand nombre d’articles de presse et de commentaires sont sortis cette semaine concernant une présentation et un communiqué de presse de Tim Barnett, Scripps et collègues au congrès de l’AAAS (American Society for the Advancement of Science), (The Independent, John Fleck ,(et de nouveau ici) David Appell…etc. (NdT : sites en anglais). Pourquoi cela a-t-il donné lieu à autant d’attention, alors qu’aucune publication n’est encore disponible ?

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Fondamentalement, c’est parce qu’il s’agit véritablement d’une bonne idée. L’idée sous-jacente est celle-ci : quels que soient les changements dans les forçages, il y a un certain délai dans la réponse climatique en raison de la grande inertie thermique des océans – Les réchauffer ou les refroidir prend beaucoup de temps. Pendant ce changement, il y aura un “déséquilibre radiatif” dans la couche supérieure de l’atmosphère. Dans le cas d’un accroissement des gaz à effet de serre (qui causent un réchauffement), cela implique que la planète absorbera plus de radiations solaires qu’elle n’en émet sous la forme de radiations à de grandes longueurs d’onde. Ce déséquilibre persistera jusqu’à ce que la planète retrouve son quasi-équilibre « normal ». (La planète n’est, évidemment, jamais en équilibre parfait, il y a de petites fluctuations dans les moyennes annuelles qui se produisent en l’absence de tout forçage, mais ces fluctuations sont petites comparées aux forçages anthropogéniques actuels, et au déséquilibre net correspondant).

Ce déséquilibre est vraiment une grandeur importante – les estimations du potentiel de réchauffement restant dans le ‘tuyau’, l’importance de l’effet de réchauffement par les aérosols, etc. dépendent tous de la connaissance de cette valeur. Néanmoins, il est très difficile d’effectuer des mesures depuis l’espace. Obtenir la valeur globale exacte de toute l’énergie rayonnée à des longueurs d’onde élevées en même temps qu’une estimation correctement calibrée de l’énergie solaire reçue sous forme de rayonnement et estimer la différence entre les deux avec une précision suffisante (fractions de W/m2) se situe au-delà de nos possibilités actuelles.

Bien, dans ces conditions, comment l’estime-t-on ? Toute cette énergie doit aller quelque part, et il est facile de montrer que ni la surface des terres émergées, ni les glaciers ne peuvent stocker entièrement cette énergie. En conséquence, celle-ci va réchauffer les océans, et en fait, l’analyse historique des températures des océans, par Levitus et collaborateurs en 2000, récemment mise à jour ( dans les Geophysical Research Letters) montre un réchauffement qui est en adéquation avec le déséquilibre radiatif suggéré par les modèles climatiques (environ 0,5 W/m2 de 1955 à 1995 et probablement jusqu’à 0,7 W/m2 au cours de la dernière décennie, Hansen et al (2002)).

Prendre en compte la chaleur de l’océan pour détecter les changements climatiques permet de limiter le bruit de fond présent dans les mesures de températures de surface, en raison des événements météorologiques qui affectent beaucoup plus les mesures atmosphériques que les couches océaniques, constamment mélangées. L’inconvénient est que les mesures océaniques ne permettent pas de remonter très loin dans le temps.

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