Et si …. la “Crosse de Hockey” était fausse ?

Par Stefan Rahmstorf (traduit par Claire Rollion-Bard)

La reconstruction “crosse de hockey” des températures du dernier millénaire a beaucoup attiré l’attention – en partie car elle a été mise en avant dans le rapport IPCC 2001 comme l’un des nouveaux résultats importants depuis le précédent rapport IPCC de 1995, et en partie car elle est devenue le point de mire d’un certain nombre de défis. La discussion sur la “crosse de hockey” est transmise avec une ferveur considérable dans les médias, où cette courbe est souvent présentée comme une preuve ou même la preuve la plus importante de l’influence anthropogénique sur le climat.

En tant que personne n’ayant pas travaillé sur le dernier millénaire, je ne veux pas discuter des mérites des défis techniques (qui sont discutés dans une autre section du site). Je veux plutôt discuter de la question “et si…” : et si de sérieux défauts étaient trouvés dans la courbe “crosse de hockey” ? Qu’est ce que cela signifierait ?

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Supposons donc que Mann, Bradley et Hughes ont fait une terrible erreur dans leur analyse statistique et que nous devons renoncer à tous leurs résultats. Cela ne changerait pas beaucoup notre vision du dernier millénaire : des groupes indépendants, avec différentes méthodes d’analyses, sont arrivés à des résultats similaires pour le dernier millénaire. Les détails diffèrent (la plupart dans les limites d’incertitude données par Mann et al, donc la différence n’est pas significative), mais toutes les reconstructions publiées partagent les mêmes caractéristiques basiques : elles montrent une époque médiévale relativement chaude, ensuite un refroidissement de quelques dixièmes de degré, puis un réchauffement rapide depuis le 19ème siècle. Même sans Mann et al, on resterait toujours coincé avec une courbe du type “crosse de hockey” – ce qui est assez ennuyeux.

Essayons donc d’autres “et si” plus excitants. Au milieu du 20ème siècle, dans toutes les reconstructions, les températures médiévales sont au-dessus, d’où des températures récentes (c’est-à-dire les derniers 10-15 ans) apparaissant être sans précédent depuis au moins un millénaire (même si on tient compte les reconstructions alternatives des critiques de la “crosse de hockey”). Maintenant et si cela est faux – si toutes les reconstructions à partir de marqueurs aussi bien que les simulations des modèles du dernier millénaire étaient fondamentalement dans l’erreur ?

Supposons, après tout, que les températures médiévales ont été plus chaudes que l’actuel. Même si cela ne nous dit rien sur le changement anthropogénique du climat. La conclusion fameuse de l’IPCC, “L’équilibre des preuves suggère qu’il y a une influence humaine discernable sur le climat global”, ne dépend d’aucune reconstruction du dernier millénaire. Elle dépend d’une analyse détaillée des données du 20ème siècle. En fait, cette conclusion est tirée du rapport IPCC 1995, et ainsi précède l’existence de reconstructions quantitatives à partir de marqueurs comme la “crosse de hockey”.

Les changements du climat peuvent avoir différentes raisons, et la cause d’un changement particulier du climat a besoin d’être examinée sur la base du cas par cas. Elle ne peut pas être trouvée en regardant une courbe de température. Le climat médiéval a été plus chaud qu’actuellement, cela serait probablement dû à des causes naturelles – peut-être un pic dans l’activité solaire. Cela nous dirait seulement que, en principe, les causes naturelles peuvent provoquer un réchauffement plus important que celui que nous avons observé dans les dernières décennies. Mais nous le savons déjà – il suffit de remonter assez loin dans le temps (e.g. 50 millions d’années) pour trouver des exemples de climats indiscutablement plus chauds qu’aujourd’hui. Cependant, il serait naïf de conclure que le fort réchauffement observé au 20ème siècle devrait donc avoir une cause naturelle.

L’examen de la cause du réchauffement du 20ème siècle est fait dans les études nommées détection et attribution, qui analysent en détail les différents forçages (e.g. variations de l’activité solaire ; des gaz à effet de serre ou de l’activité volcanique) et le temps et l’espace observés pour le changement climatique. Ces études, réalisées avec différentes techniques, ont invariablement conclu que la cause dominante du réchauffement du 20ème siècle est les gaz à effet de serre créés par l’homme.

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