L’océan se refroidit. Pas.

Traduit par Etienne Pesnelle

On a fait tout un plat d’un article (Lyman et al, 2006) paru l’année dernière et qui prétendait que, contrairement aux attentes, les océans s’étaient refroidis sur la période 2003-2005. A l’époque, nous avions (fort justement) souligné que ce résultat allait être difficile à réconcilier avec l’augmentation continue du niveau des mers (provoquée en grande partie par la dilatation thermique), et qu’il pouvait y avoir des problèmes avec la façon dont les nouvelles bouées ARGO étaient insérées dans le réseau de mesure océanique. Il apparaît maintenant qu’il y avait un problème dans les données et dans la dernière analyse, le refroidissement a disparu.

L’analyse des variations de la quantité de chaleur océanique est potentiellement une méthode importante pour contrôler les résultats des modèles climatiques qui suggèrent que la planète n’est pas actuellement en état d’équilibre (c’est-à-dire qu’elle absorbe plus d’énergie qu’elle n’en émet). Toutefois, l’océan est un endroit très vaste et les anciens réseaux de mesure océanique sont la proie d’erreurs d’échantillonnage spatial et temporel. Les compilations à grande échelle et sur de longues périodes, qu’elles soient mondiales (comme celle de Levitus et al, 2001 ou Willis et al, 2004) ou régionales (par exemple dans l’Atlantique Nord) indiquent que les océans se sont réchauffés durant les dernières décennies, quasiment à la vitesse donnée par les modèles.

Depuis 2000, cependant, ARGO – un réseau de bouées qui montent et descendent dans les profondeurs océaniques et qui suivent les courants – a offert la possibilité d’augmenter spectaculairement la densité d’échantillonnage océanique et de fournir, quasiment pour la première fois, des données continues et bien espacées en provenance d’endroits parmi les moins visités mais néanmoins importants (comme le Sud des océans Atlantique et Pacifique). Les mesures de quantité de chaleur océanique en provenance de ces bouées étaient donc attendues avec impatience.

Les mesures initiales fournies par ARGO ont été intégrées dans l’analyse 2004 de Willis et al, mais comme ARGO a commencé à dominer les sources de données à partir de 2003 environ, Lyman et al ont constaté que l’océan semblait se refroidir. C’était seulement des évolutions à court terme, et même si peu de personnes confondent une ou deux années anormales avec une tendance à long terme, ces évolutions étaient un peu surprenantes, même si elles ne modifiaient pas beaucoup la vision à long terme.

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