L’état de confusion de Michael Crichton

par Gavin Schmidt (traduit par Alain Henry)

Ce message s’écarte des pratiques habituelles de ce site pour commenter une pièce de pure fiction (au contraire des autres messages qui abordent le sujet sous un angle plus subtil). Le nouveau roman de Michael Crichton, « Etat d’urgence » raconte comment une ONG encourage la recherche scientifique sur le réchauffement global pour servir les objectifs de méchants éco-terroristes. Le roman nous amène inévitablement à la conclusion que le réchauffement global est un faux problème. Une leçon pour notre époque? Malheureusement, je ne le pense pas.

(suite….)

Comme le film récent « Le jour d’après », ce roman aborde des sujets et controverses scientifiques réels, mais il est également sélectif (et parfois erroné) quand il s’agit des faits scientifiques de base. Je voudrais discuter une sélection des thèmes liés au réchauffement global qui sont abordés entre les poursuites, les fusillades, les rites cannibales et autres prouesses. Le héros scientifique de Crichton est un professeur du MIT (Massachussetts Institute of Technology) devenu agent secret, qui étend ses tentacules intellectuels autour des autres personnages. Les sujets scientifiques sont abordés au cours de conversations et de séances de questions-réponses entre lui (et d’autres « bons ») et 2 autres personnages, un acteur (un type pas très brillant) et un avocat (un innocent dupé), dont les connaissances scientifiques sont plutôt limitées.

Donc, pour tous les acteurs et les avocats de par le monde, voici quelques éclaircissements.

Le sujets abordés par Crichton sont familiers à ceux qui travaillent dans ce domaine [les changements climatiques] et reviennent souvent dans les discussions. Certains sont réels et évalués correctement, tandis que d’autres ne sont que des diversions utilisées pour semer la confusion plutôt que pour éclairer.

Les premiers commentaires abordent la question de l’attribution de la tendance récente au réchauffement à l’augmentation du CO2. Un personnage suggère: « Si le CO2 n’a pas causé le refroidissement global entre 1940 et 1970, comment pouvez-vous être sûr qu’il soit responsable du réchauffement récent? » (paraphrasé de la page. 86 – NdT: l’édition française étant prévue pour 2006, les numéros de page se réfèrent à l’édition anglaise.) Les températures moyennes de l’hémisphère Nord ont effectivement baissé sur cette période, alors que les concentrations de CO2 continuaient à augmenter. Si les autres conditions étaient restées semblables, c’est un réchauffement qu’on aurait du observer. Mais sont-elles restées semblables? En fait, non. En réalité, le climat peut être influencé à la fois par sa variabilité interne comme par des causes externes (c-à-d autres que le CO2). D’autres « forçages » peuvent causer un refroidissement (par exemple les aérosols à base de sulfates et de nitrates, des changements dans l’utilisation des sols, l’irradiation solaire ou les aérosols volcaniques). Pour faire correspondre notre évaluation de ce aurait du arriver avec la réalité, il faut inclure TOUS les forçages (du mieux que nous pouvons). Même dans ce cas, une différence peut être causée par une variabilité interne (principalement liées aux océans, à l’échelle de plusieurs décennies). Dans les meilleures estimations actuelles, les changements globaux de température moyenne (y compris la période 1940-1970) correspondent de très près à l’effet combinés des forçages. Les impacts régionaux semblent être beaucoup plus liés à la variabilité interne (en particulier le réchauffement des années 30 dans l’Atlantique Nord). Toutefois, jamais personne n’ a pu montré que le réchauffement récent pouvait être reproduit sans prendre en compte l’augmentation du CO2 (et des autres gaz à effet de serre comme le méthane).

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