Assombrissement Global II

par Beate Liepert, LDEO, Columbia University (traduit par Pierre Allemand)

Je n’ai pas encore vu le documentaire. J’ai seulement lu la transcription, et je n’ai donc pas été touché par les images d’une apocalypse potentielle et par l’évocation de famines à l’échelle biblique. Cependant, en tant que l’un des scientifiques leader du sujet, [et qui a été interviewé par la BBC pour le documentaire de la série Horizon, (transcription et article précédent)], je me sens dans l’obligation d’approfondir quelques détails sans utiliser d’analogie religieuse ni déclencher d’inutiles inquiétudes.

Première idée : voici un bel exemple du pouvoir des mots : Gerry Stanhill qualifie la réduction observée de l’énergie solaire atteignant le sol, d’ “assombrissement global”. Il l’a appelé assombrissement “global” parce que le terme technique pour l’énergie de radiation est “rayonnement solaire global” et il s’oppose ainsi élégamment au terme plus courant de “réchauffement global”.

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Deuxièmement : trois études ont été publiées sur les changements à long terme du rayonnement solaire (ou “assombrissement global” si vous préférez). Toutes les trois utilisent les mêmes sources de données. Le rayonnement solaire a été mesuré par des stations météorologiques autour du monde depuis 1956-57. Comme beaucoup d’autres mesures, la plupart des chiffres proviennent de l’hémisphère nord, et toutes ont été mesurées sur des zones terrestres. Une réduction du rayonnement solaire d’environ 4 % soit environ 7 W/m_ de 1961 à 1990 a été observée dans les stations météos au niveau mondial par Gilgen et al., (1998). Gilgen et al. ont effectué une analyse rapide et ont utilisé toutes les données disponibles avec des durées de mesure de plus en plus courtes pour établir leurs statistiques de tendance. Stanhill and Cohen (2001) ont abouti à une réduction plus importante de 8 % par décennie. La raison de cette divergence est peut-être que pour cette dernière étude, seulement 30 séries de chiffres ont été utilisées, en prenant apparemment uniquement les séries qui montraient une tendance négative. Ma propre analyse était fondée sur 110 séries continues de mesures par des stations météos réparties dans le monde, de 1961 à 1990 (Liepert 2002).J’ai confirmé l’estimation de Gilgen et al. A savoir, une réduction d’environ 4 % en trois décennies. Depuis les années 1980, un rétablissement semble se manifester, mais les études qui le démontrent n’ont pas encore été publiées.

Pourquoi le rayonnement solaire change-t-il ? Les résultats d’observations permettent d’établir une distinction entre les cas de ciels sans nuage et les cas de conditions nuageuses. Nous pouvons donc supposer que les nuages ou la transparence atmosphérique sont des causes possibles de cet assombrissement. Dans mon étude sur les données provenant des USA, j’ai identifié les nuages comme la raison principale de la diminution de la lumière solaire. En effet, en l’absence de nuage, l’assombrissement n’est plus que le cinquième de sa valeur.

Pourquoi la transparence atmosphérique changerait-elle en l’absence de nuage ?

V. Ramanathan l’a expliqué dans le documentaire de la BBC. La lumière du soleil est réfléchie par la pollution de l’air ou absorbée dans l’atmosphère avant d’atteindre le sol. Les mesures sur le terrain comme INDOEX l’indiquent clairement (Oui, “clairement” dans son sens littéral !). Des modèles climatiques avancés intègrent cet effet “direct” des aérosols, et s’appuient sur les chiffres donnés par des expériences comme INDOEX.

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