Pendant combien de temps le réchauffement global persistera-t-il ?

Commentaire invité par David Archer (Univ. Chicago) (traduit par Thibault de Garidel)

La notion que la durée de vie du CO2 émis dans l’atmosphère par l’action humaine se situe entre quelques décennies � quelques siècles, est omniprésente dans les revues de vulgarisation scientifique ainsi que celles spécialisées. La réalité est que chaque litre de pétrole que nous utilisons en faisant le plein de notre voiture continuera � affecter le climat pendant les prochaines dizaines et mêmes centaines de milliers d’années.

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L’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) estime par exemple la durée de vie du CO2 entre 5 et 200 ans, dans son inventaire des sources et puits de gaz a effet de serre aux USA [1]. J’ai également vu des “centaines d’années” dans des articles scientifiques et dans la littérature “environnementaliste”. David Goodstein dans son excellent livre “The End of the Age of Oil” dit : ” si nous nous arrêtions brusquement de consommer du carbone fossile, le cycle naturel du carbone restaurerait la concentration initiale en environ un millier d’années”. J’imagine que Goodstein applique conservativement quelques siècles multipliés par un facteur donné pour dériver son millier d’années, mais il fait l’hypothèse implicite que la concentration atmosphérique en CO2 reviendra a son niveau de 1750. Le problème c’est que ce n’est pas le cas.

Quand vous émettez une dose de CO2 “neuf” [NdT: dans le sens nouveau dans le cycle du Carbone ; ce carbone "neuf" est en réalité du carbone très ancien, fossilisé sous forme de pétrole ou de gaz] dans l’atmosphère, environ les trois quarts sont dissous dans l’océan et disparaissent, en fonction de la quantité émise. Le quart restant reste � être neutralisé en réagissant avec les roches ignées ou carbonatées sur terre et dans les océans. Les réactions avec ces roches restaurent également le pH de l’océan du pic acide lié au CO2. Mon modèle indique qu’environ 7% du carbone émis de nos jours, y sera toujours dans 100 000 ans [7]. Mon estimation de la durée de vie, � partir de tous les processus en jeu, est d’environ 30 000 ans. C’est un chiffre décevant car il est très influencé par la lenteur de ces réactions qui forment une “queue”. Néanmoins, s’il faut choisir un chiffre afin de simplifier les discussions avec le grand public, alors le choix de quelques centaines d’années est raisonnable car il prend en compte les trois quarts de l’histoire, et la partie qui nous affecte nous et nos durées de vie.

Néanmoins, il est exagéré de ne pas prendre en compte cette “queue” sous le prétexte de la vulgarisation. Les principales calottes de glaces, en particulier au Groenland [8], les dépôts de clathrate de méthane [9], et l’évolution future des cycles glaciaires/interglaciaires [10] peuvent être affectés par cette longue “queue”. Une image plus juste pour le grand public est donc que le CO2 émis reste environ quelques centaines d’années, alors que 25% reste indéfiniment.

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