650 000 années de concentrations de gaz à effet de serre

Les derniers résultats du forage EPICA en Antarctique viennent juste d’être publiés dans le numéro de cette semaine de Science (Siegenthaler et al. et Spahni et al.). Cette carotte glaciaire a permis d’étendre l’enregistrement du climat Antarctique jusqu’à 800 000 ans, alors que les concentrations de gaz à effet de serre, piégées sous forme de minuscules bulles de gas, ont été analysées pour les 650 000 dernières années. Ces enregistrements de CO2, CH4 et N2O sont en accord avec ceux de Vostok (également en Antarctique) disponibles depuis quelques années, et permettent d’observer 4 cycles d’alternance glaciaire/interglaciaire supplémentaires. Ces travaux sont remarquables, et justifient des efforts gigantesques effectués sur le terrain pour ramener des échantillons enfouis jusqu’à 3km de profondeur dans la glace Antarctique. Que nous disent ces nouvelles données, et dans quelle direction peuvent elles nous mener ?

(suite…)

Composite CO2. Click to enlarge

Premièrement, ces résultats démontrent clairement que la relation entre climat et CO2 déduite a partir de l’enregistrement de Vostok est remarquablement robuste – en dépit d’un changement majeur dans les caractéristiques des alternances glaciaire-interglaciaire avant 400 000 ans. Un exercice international, ‘le challenge EPICA’ avait été mis en place il y a quelques mois pour les chercheurs travaillant sur les modèles du cycle du carbone, afin de déterminer si ce serait le cas ou pas, et la plupart des prédictions se sont révélées justes. (Qui a dit que les prédictions climatiques ne peuvent être vérifiées ?). Ceci va de pair avec le fait que toute incertitude sur la fiabilité et reproductibilité des enregistrements de gaz a effet de serre doit maintenant être complètement écartée. En effet, que différents laboratoires, étudiant de la glace extraite de différentes manières et provenant de différents endroits donnent des résultats très similaires, montre de manière très claire que ce qu’ils mesurent est réel. Dans le cas ou il subsiste des problèmes (par exemple pour mesurer le N2O dans de la glace riche en poussières), ces problèmes sont clairement identifiés et ces données écartées.

Deuxièmement, ces résultats vont permettre aux paléoclimatologues de regarder en détail les différences entre les différents interglaciaires du passé. Les 3 précédents interglaciaires a notre ère se ressemblent beaucoup et furent relativement brefs (environ 10000 ans). Celui qui a eu lieu il y a 400 000 ans (correspondant au stade isotopique marin 11, pour ceux qui comptent de cette manière) était par contre supposé ressembler a l’Holocene (la période interglaciaire pendant laquelle nous vivons) et semble être plus long (environ 30 000 ans). Alors que beaucoup de détails n’étaient pas complètement résolus dans les données de Vostok, ceux ci devraient maintenant s’éclaircir. Ces enregistrements permettront peut être de tester et de résoudre certaines des idées de Ruddiman, et également nous aider a estimer la durée probable de la période chaude pendant laquelle nous vivons.

Page 1 of 2 | Next page