Un réchauffement de 2°C peut-il être évité?

Commentaire par Malte Meinshausen, Reto Knutti and Dave Frame (traduit par Alain Henry)

Hier, un article de la BBC sur le rapport ” Eviter les changements climatiques dangereux” de la conférence d’Exeter de l’an dernier comportait deux messages qui pourraient entretenir une certaine confusion. D’une part, il mentionne qu’une stabilisation des gaz à effet de serre (GES) à 400-450 ppm de CO2 équivalent est nécessaire pour garder le réchauffement global en dessous de 2°C, qui à son tour est supposé nécessaire pour éviter les changements climatiques ‘dangereux’. D’autre part, plusieurs personnes sont citées en disant « Nous atteindrons 400 ppm dans 10 ans ».

Donc, étant donné que nous allons dépasser les 400 ppm de CO2 dans un futur proche, est-ce que la cible de 2°C est-elle faisable? En un mot, la réponse est oui.

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Les paragraphes qui suivent essaient d’expliquer les raisons pour lesquelles 2°C et 400 ppm sont cités ensemble. Tout d’abord, la concentration équivalente en CO2 exprime l’effet du forçage radiatif de tous les GES et des aérosols émis par les activités humaines (anthropiques) comme si la seule concentration du CO2 était modifiée. Nous utilisons ce raccourci pour décrire la perturbation humaine totale nette – ce n’est pas comme si le CO2 était vraiment à une concentration de 400ppm, à cause de l’effet de refroidissement important des aérosols. Cependant, les autres GES tels que le méthane et le N2O augmente le forçage et compense en partie l’effet des aérosols. La concentration en CO2 équivalent est donc approximativement égale au niveau actuel du vrai CO2.

Les écosystèmes de notre planète sont un peu comme un chat dans un four. Nous contrôlons la température (les concentrations de GES) et le chat réagit à celle-ci. Jusqu’à présent, nous avons réglé le four sur une température moyenne, et il est en train de préchauffer. Si nous laissons le réglage au niveau moyen actuel, le chat se réchauffera au-delà de la légère fièvre de 0,8°C qu’il a aujourd’hui. Et si nous montons un peu le réglage dans les 10 ans qui viennent et le laissons ainsi, la fièvre s’aggravera un peu – et il y a même une chance sur 4 qu’elle dépasse 2°C.

D’où vient cette probabilité? Si nous connaissions la vraie sensibilité climatique, alors nous connaîtrions le réchauffement que notre four/planète atteindrait à l’équilibre avec une concentration de CO2 qui resterait à – disons – 400 ppm sur une longue période. Par exemple, avec une sensibilité climatique de 3,8°C, ce four, avec un réglage à 400 ppm, se réchaufferait de 2°C à long terme1. Mais quelles sont les chances que la sensibilité climatique soit de 3,8°C ou plus? Les chances sont approximativement de 20%, si on suppose que l’intervalle d’incertitude conventionnel du GIEC de 1,5 à 4,5°C est l’intervalle de confiance à 80% d’une distribution lognormale2. Donc, si nous voulons éviter un réchauffement de 2°C (avec une probabilité de 75%), nous devons limiter les concentrations de GES à un maximum d’environ 400ppm de CO2 équivalent. (Notez, pourtant, qu’on pourrait s’interroger pour savoir si cette chance de 75% d’éviter une fièvre de 2°C ou plus est suffisamment réconfortante.)

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