Ce n’est pas qu’une histoire d’albédo de la glace…

Traduit par Valérie Masson Delmotte

A partir de nouvelles observations satellitales, un article récent de Francis & Hunterfournit une discussion intéressante sur les raisons de la diminution actuelle de l’extension de glace de mer (banquise) dans l’Arctique. On invoque souvent à propos de la glace de mer une rétroaction positive parce que la glace modifie l’albédo planétaire (la manière dont notre planète réfléchit le rayonnement solaire vers l’espace avant que cette énergie n’entre dans “le système climatique”). Pourtant, l’histoire est plus complexe, car la glace de mer agit également comme un couvercle isolant posé sur la surface de la mer.

Certains effets sont subils, ainsi, la planète perd davantage de chaleur depuis les mers libres que depuis les zones couvertes de banquise (une partie de cette chaleur est absorbée par l’atmosphère, mais les régions englacées ont un climat d’hiver plus continental : sec et froid). La perte de chaleur par l’océan dépend bien sur de la température de surface de la mer (SST, acronyme de “Sea surface temperature”). Les mers libres sont aussi une source d’humidité, par contraste avec les les zones de banquise (parce qu’elles sont froides, et non parce qu’elles sont sèches); mais l’humidité atmosphérique est aussi influencée par le transport d’humidité lié aux vents (advection de vapeur d’eau).

Francis & Hunter ont découvert une corrélation positive entre le manque de glace de mer et le rayonnement infra-rouge incident, un phénomène qu’ils attribuent principalement à l’effet de la nébulosité. Par conséquent, les nuages jouent un rôle important, à la fois en modifiant l’albédo et également en piégeant les pertes thermiques. Francis & Hunter suggèrent que les changements de rayonnement infra-rouge sont plus importants que la modulation du rayonnement solaire incident par les nuages.

Par le passé (IPCC TAR), les modèles de la glace de mer étaient connues pour leurs difficultés à fournir des simulations réalistes. Une partie du problème pourrait cependant provenir du couplage entre l’océan et la composante atmosphérique. Je ne sais pas si ces aspects ont été améliorés dans le prochain rapport IPCC; cependant, Francis & Hunter proposent plusieurs facteurs qui pourraient affecter la localisation du front de glace de mer, comme l’influence de l’océan, du débit des rivières, des effets non linéaires, l’effet des vents et du transport de chaleur, et trouvent qu’ils jouent des rôles différents en différents endroits.

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